vendredi 10 décembre 2010

Chapitre 22 avec corrections et suite

CHAPITRE XXII


 


DEUIL ET RESURRECTION DU PERE D'ANUA



 


Cela faisait moins de quatre heures que Raph avait rejoint Anua à son appartement. Et voilà qu’ils avaient déjà. Ils filaient déjà tous deux, escorté par la police de Westmorland, vers les eaux du bayou où l'homme au gabarit de catcheur géant avait affirmé que le corps de son père se trouvait. Ils volaient sur l'eau sur les versions modernes des hydroglisseurs qui avaient été rendus célèbres par la série télé "Flipper le dauphin".

Anua avait fait un bref récit de son aventure à son meilleur ami et abandonné Billie à son triste sort, couchée dans la chambre. Elle n'arrivait pas à se remettre du choc de l'intrusion puis de la bagarre des deux énergumènes. Elle ferait le maximum pour sa meilleure amie plus tard. L’heure n’était pas au chagrin et à cet instant, Anua ne désirait qu’une chose : retrouver son père.

Elle s’était visiblement montrée convaincante. Moins de dix minutes après, ils s'étaient envolés pour un rapide tour d'hélicoptère jusqu'à Westmorland. Impressionné par sa plaque du FBI les policiers locaux ne s'étaient pas fait prier pour réquisitionner les trois hydroglisseurs des gardes forestiers.

Anua tentait maintenant de faire le vide en son esprit pourtant très chahuté en cette journée pour tenter de localiser le lieu où les assassins de son père avaient jeté son corps. Elle demanda à Raph de faire stopper le vacarme des immenses hélices qui se trouvaient à l’arrière des engins sur lesquels ils se trouvaient. Il fit arrêter les moteurs d’un coup de talkies-walkies, sans poser de question.

Anua tenta rejeter tout stress de son esprit. Alors qu'elle fermait les yeux pour une nouvelle tentative de localisation, Raph lui susurra à l'oreille :

- s'cuse moi, belle dormeuse mais est-ce que t'entends ces gémissements ?

Anua qui n'arrivait pas à visualiser les lieux autrement que par une vision d'un grand immeuble de vitre et d'acier, rouvrit les yeux, abandonnant toute velléité de comprendre sa vision.

Bon sang, y'avait une ville la dessous ou quoi ! Pensa t’elle avant de se concentrer sur ce que Raph disait.

- Ecoute, y'a du bruit qui vient du renfoncement, là, dit il en désignant une avancée rocheuse cachant un long secteur de rivage. Son index indiqua à Anua où regarder. Redémarrez et amenez-nous là-bas, ajouta t’il à l'attention du pilote de l'hydroglisseur.


L'énorme hélice, empêchait de nouveau d'entendre quoique ce soit mais en arrivant en vue du renfoncement l'engin faillit bien chavirer sous les sauts hystériques d'Anua .

Son père était là, allongé sur le dos quelque chose dans lui obstruant la bouche l'empêchant de crier. Mais les moulinets désespérés qu'il faisait avec ses bras, ne laissait aucun doute quant à son état. Il était bel et bien vivant.

Alors que le pilote tentait de s’approcher sans heurter les énormes barres rocheuses que formaient la berge, Anua poussa un cri d'effroi.

L'œil gauche de son cher papa pendait sur sa joue en se balançant à chacun de ses mouvements. Sa chemise déchirée laissait entrevoir de longues traînées brunâtres. Elles prouvaient la quantité de sang que son père avait perdu et créèrent une panique indescriptible dans le cœur de la jeune femme.

Raph qui avait compris la gravité de la situation en un instant, demandait déjà dans son talkie-walkie l'envoi d'un hélicoptère pour venir chercher Monsieur Petersen en urgence absolue.


Deux heures plus tard, Raph regardait Anua faire les cent pas dans le couloir jouxtant la salle d'attente du bloc opératoire de l'hôpital de San-Diego. Il avait pourtant mille choses à lui dire mais lui parler à cet instant n'aurait servi qu'à se faire envoyer faire paître. Seule la colère dominait chez elle en cet instant. Il le savait et pouvait aisément le comprendre.

En début de soirée, le médecin apparut enfin. Anua avait bien dû parcourir une dizaine de kilomètres dans ce satané corridor, pensa Raph alors qu'il se levait pour saluer le docteur.


A sa grande surprise le chirurgien se dirigea droit sur lui en lui faisant de petits signes de la main  lui indiquant par-là qu'il désirait lui parler seul et qu'Anua ne participe pas à cet aparté.

Raph se dirigea vers Anua et lui expliqua rapidement que le médecin souhaitait lui parler seul. Il ajouta rapidement, avant qu’elle ne lui coupe la parole, que s'il voulait faire ainsi, c'était sûrement que son père avait repris conscience et avait révélé quelque chose d'important pour l'enquête.


Après avoir protesté avec véhémence, Anua se rangea aux arguments de Raph , après qu’il lui expliqua que le docteur parlerait plus facilement à un représentant des forces de police, spécialement du FBI et qu'il jurait de tout lui dès la fin de l'entretien. Enfin, elle accepta et s’éloigna vers la rangée de sièges, au bout du couloir. Raph fit signe au chirurgien de le rejoindre.

Une fois les deux hommes isolés de toute oreille indiscrète, Raph prit l'initiative d'entamer la conversation.

- Bonjour, docteur ! Je suis l'agent spécial Furk, Raphaël Furk et je m'occupe de cette sombre histoire de kidnapping. Pourquoi voulez-vous me voir seul ?

Le médecin toussota deux fois, le temps de clarifier ses idées, puis se lança :

- Agent Furk, si je désirais vous voir à l'écart de la famille, c'est parce qu'il y a des détails macabres que la famille, cette jeune femme en l'occurrence, pourrait pas comprendre. Ce que j'ai à vous dire ne pourrait que l'inquiéter alors qu'il vaut mieux qu'elle soit mentalement prête à aider mon patient à cicatriser de ce qu’il a vécu. Et dieu sait si ce pauvre homme va avoir besoin d’être soutenu.

Après un court silence gêné, il reprit avec un débit rapide et haché :

- Mon patient, le père de cette femme, si j'ai bien saisi la situation, a été énuclée, avec grand soin, comme seul un chirurgien spécialisé l'aurait fait. Mais ça n'est pas le plus étrange. Nous avons trouvé dans l'orbite vide, une trace de déchirure des chaires qui remonte jusqu'au cerveau. Je ne sais pas avec quel instrument cela a été fait, mais l'enveloppe qui entoure la cervelle n'a pas été percée. Si Monsieur Petersen à perdu son œil, c'est un moindre mal.


Le chirurgien prit Raph par le bras avant de poursuivre sur un ton énigmatique :

- Mais le plus bizarre dans cette histoire, sont les marques que mon patient portait sur le torse. Tellement bizarre que j'ai fait réaliser des photos. De toute ma carrière, je n’ai jamais vu cela. Avant de vous les montrer, je voudrais vous préciser que ces entailles ont été faites avec un instrument non chirurgical, ne me demandez pas pourquoi. C’est une arme, plus grossière. Sans vouloir m’avancer, je parierais sur un couteau de chasse à dents. Les coupures sont profondes, le derme à été transpercé, je devrais dire arraché jusqu'à l'os. Ce travail de boucher nécessitera plusieurs opérations de chirurgie esthétique pour en atténuer les cicatrices.

Le médecin sortit de sa poche un appareil photo numérique et fit défiler, lentement, huit clichés sous les yeux sidérés de Raph.

jeudi 9 décembre 2010

chapitre 22

CHAPITRE XXII


 


DEUIL ET RESURRECTION DU PERE D'ANUA



 


Cela faisait moins de quatre heures que Raph avait rejoint Anua à son appartement. Et voilà qu’ils avaient déjà, broyant toujours du noir dans la chambre. Ils filaient déjà tous deux, escorté par la police de Westmorland, vers les eaux du bayou où l'homme au gabarit de catcheur géant avait affirmé que le corps de son père se trouvait. Ils volaient sur l'eau sur les versions modernes des hydroglisseurs qui avaient été rendus célèbres par la série télé "Flipper le dauphin".

Anua avait fait un bref récit de son aventure à son meilleur ami et abandonné Billie à son triste sort, couchée dans la chambre. Elle n'arrivait pas à se remettre du choc de l'intrusion puis de la bagarre des deux énergumènes. Elle ferait le maximum pour sa meilleure amie plus tard. L’heure n’était pas au chagrin et à cet instant, Anua ne désirait qu’une chose : retrouver son père.

Elle s’était visiblement montrée convaincante. Moins de dix minutes après, ils s'étaient envolés pour un rapide tour d'hélicoptère jusqu'à Westmorland. Impressionné par sa plaque du FBI les policiers locaux ne s'étaient pas fait prier pour réquisitionner les trois hydroglisseurs des gardes forestiers.

Anua tentait maintenant de faire le vide en son esprit pourtant très chahuté en cette journée pour tenter de localiser le lieu où les assassins de son père avaient jeté son corps. Elle demanda à Raph de faire stopper le vacarme des immenses hélices qui se trouvaient à l’arrière des engins sur lesquels ils se trouvaient. Il fit arrêter les moteurs d’un coup de talkies-walkies, sans poser de question.

Anua tenta rejeter tout stress de son esprit. Alors qu'elle fermait les yeux pour une nouvelle tentative de localisation, Raph lui susurra à l'oreille :

- s'cuse moi la belle dormeuse mais est-ce que t'entends ces gémissements ?

Anua qui n'arrivait pas à visualiser les lieux autrement que par une vision d'un grand immeuble de vitre et d'acier, rouvrit les yeux, abandonnant toute velléité de comprendre sa vision.

Bon sang, y'avait une ville la dessous ou quoi ! Pensa t’elle avant de se concentrer sur ce que Raph disait.

- Ecoute, y'a du bruit qui vient du renfoncement, là, dit il en désignant une avancée rocheuse cachant un long secteur de rivage. Son index indiqua à Anua où regarder. Redémarrez et amenez-nous là-bas, ajouta t’il à l'attention du pilote de l'hydroglisseur.

L'énorme hélice, empêchait de nouveau d'entendre quoique ce soit mais en arrivant en vue du renfoncement l'engin faillit bien chavirer sous les sauts hystériques d'Anua .

Son père était là, allongé sur le dos quelque chose dans lui obstruant la bouche l'empêchant de crier. Mais les moulinets désespérés qu'il faisait avec ses bras, ne laissait aucun doute quant à son état. Il était bel et bien vivant.

Alors que le pilote tentait de s’approcher sans heurter les énormes barres rocheuses que formaient la berge, Anua poussa un cri d'effroi. L'œil gauche de son cher papa pendait sur sa joue en se balançant à chacun de ses mouvements. Sa chemise déchirée laissait entrevoir de longues traînées rouge-brunes. Elles prouvaient le sang que son père avait perdu et créèrent une panique indescriptible dans le cœur de la jeune femme.

Raph qui avait compris la gravité de la situation en un instant, demandait déjà dans son talkie-walkie l'envoi d'un hélicoptère pour venir chercher Monsieur Petersen en urgence absolue.

mercredi 8 décembre 2010

chapitre 21 suite

    -       Tu est bien parti, "mon gros lapin", pour un petit du village, non ? Dit-il à haute voie, plagiant sa mère vénérée, corse d'origine et qui l’avait toujours dorloté, comme une vraie méditerranéenne.
Le contraste promettait d’être fort avec le rendez-vous princier de ce soir, lui qui avait grandi dans un village d’à peine vingt-deux habitants, du moins en hiver.

L'été, la population explosait. Le village passait alors à plus de deux cent cinquante âmes issues de la "diaspora" corse. Et cette explosion démographique se répétait dans toutes les vallées de l'île.

Il y a encore quarante ans, seuls ceux qui avaient fait fortune " aux Amériques " revenaient avec leurs énormes voitures et leurs gadgets technologiques. Ils étalaient leurs richesses et ne pouvaient renoncer à leur confort.

C’est ainsi que nombres d’habitations se sont retrouvées avec un genre de verrues de façade, accrochées aux vieux murs de pierre. Ces horribles choses, bâties à la va-vite, servaient à mettre à disposition de cette population aisée, toilettes et salles de bain.

Très vite, l’eau courante se démocratisant, l’ensemble des familles en firent construire.

C’est comme cela que les villages se sont vus défigurés par cet invraisemblable bric à braque de constructions en parpaings et ciment.  Aujourd’hui encore, la plupart des Corses du continent qui pour la plupart venaient de la région marseillaise perpétuaient cette tradition du " regardez, combien j’ai réussi ".

Ils venaient passer l'été à montrer qu'ils n'avaient pas perdu leurs racines mais aussi combien ils avaient réussi, déboulant dans ces petits villages en gros quatre-quatre et autres berlines luxueuses qu'ils laissaient devant la maison familiale à la vue de tous.

Cette mentalité pourrait apparaître archaïque, mais derrière ce "matuvisme" se cache en réalité un profond respect des traditions de ce peuple si déshérité et un attachement viscéral à cette terre.

Cette île, occupée et exploitée par une succession d’envahisseurs tout au long de son histoire, était de toutes manières si pauvre, qu'elle avait poussé à l'exil des générations d’être humains,  faute de pouvoir les nourrir.

Claude pensa qu'il aimerait bien un jour, lui aussi, faire partie de ces exilés venant étaler leur réussite d'outre mer. Il en aurait franchement souri si une ombre gigantesque ne venait obscurcir ses vingt-deux premières années de vie idyllique.

Claude cessa de penser à ses problèmes personnels, à la Corse et ses particularismes en arrivant en vue du "Ritz". Par bonheur, il trouva une place de stationnement rapidement. Il y vit un signe de bon augure pour l'avenir. Il le savait, il était un incorrigible optimiste.

mardi 7 décembre 2010

chapitre 21

Chapitre XXI


Claude, second rendez-vous


 

Le premier entretien avec nick Dorlan avait été un fiasco.  Claude espérait que celui-ci serait productif et répondrait à ses questions.

Dans leurs échanges de mails, ils avaient abordé plus précisément le sujet. Dorlan lui avait longuement expliqué les moyens inimaginables pour lui, dans lequel Claude allait pouvoir travailler. Les moyens humains et financiers que Monsieur Dorlan avait promis de mettre à sa disposition, s'il acceptait de s'installer aux Etats-Unis, ne trouvaient nul équivalent en France voire dans toute l'Europe.

Un point le faisait cependant tiquer : OGM !


Si la protection de l'environnement était son cheval de bataille, l'utilisation du terme génétiquement modifié le faisait grincer des dents. Sa thèse qui portait sur ce sujet avait amené Claude à se méfier au plus haut point des sociétés privées se lançant dans la génétique. Il pensait que seuls des organismes d'état soumis aux règles internationales en la matière garantissaient un minimum de dérapages, là, où une erreur pouvait avoir des répercussions définitives sur la nature.


De l'autre côté, Claude savait pertinemment qu'outre atlantique la recherche était presque entièrement financée par le secteur privé et que cette concurrence entre sociétés donnait à la recherche un dynamisme inconnu en Europe.

Le mois dernier à New York, Monsieur Dorlan lui avait juste expliqué, entre deux coups d’œil vers la fenêtre de sa suite, que ce programme avait un objectif planétaire mais que le centre de recherche se trouvant en Californie. Il aurait donc à s'installer là-bas.


  Lui le petit étudiant qui terminait ses études de sciences de l'environnement et de génie génétique appliqués à protection de l’environnement n'avait pour l'instant, à se mettre sous la dent, qu'une vague proposition d'embauche de la part du CNRS.


La seule chose qui l'empêchait de sauter de joie et de partir sur-le-champ, était son attachement irrationnel pour l'île où il avait grandi et ou il se rendait chaque fois que possible, la Corse. C'est sur cette île qu'il s'était épris d'amour, oui, c'était bien le terme ; d'amour pour la nature. Cette montagne plantée en pleine Méditerranée et patrie de Napoléon et de Paoli, s'il vous plaît, Claude la connaissait en long, en large et en travers.


La Corse, où plus quatre-vingt-dix pour cent de la population vivait sur le bord de mer, laissait à Claude des espaces naturels dont l’homme s’était retiré progressivement depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Lui, aussi loin qu’il se rappelle, était resté fidèle à son village reculé, niché à flanc de montagne.

Cet état d’abandon de l’intérieur, difficile d’accès, lui avait permis de profiter gratuitement d’un laboratoire naturel géant.

Enfant solitaire, il avait mis à profit ces successions de vallées et de montagnes, un sanctuaire végétal qui n'avait plus vu d'homme, par endroits depuis plusieurs siècles, pour développer son amour inné de la nature et plus précisément de la flore.


Il avait pu ainsi mettre en œuvre ses théories novatrices concernant la botanique après maintes expériences sur ces étendues végétales quasiment vierges à seulement une heure et demie de Paris. Il allait d'ailleurs défendre sa thèse de doctorat le mois prochain et enfin terminer ses études. Il n'avait pourtant que vingt-deux ans.

lundi 6 décembre 2010

chapitre 20 fin

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Quatre heures ! Quatre heures seule à tourner dans le salon à attendre de Raph. Elle était sure qu’il faisait de son mieux pour faire le trajet entre Dallas et ce coin perdu en Californie du sud où Anua avait accepté de résider le jour où elle avait signé son contrat de travail avec la fondation "Pharmacorp". La fondation, branche d'une multinationale de produit pharmaceutique, exigeait que les personnes qu'elle subventionnait habitent dans un rayon de cinquante kilomètres autour de leur centre de recherche ultra moderne de San Diego. Si les plus grand chercheurs, toutes disciplines conjuguées, s'y étaient pliée, Anua n'avait pu qu'accepter cette clause du haut de ses vingt-trois ans. Et voilà pourquoi elle attendait depuis, ce qui lui semblait une éternité son Raph vêtu de ses habits de sauveur, son super héros alias « Flegmator ».
Quant à Billie, d'habitude si efficace dans la résolution des petits soucis de la vie et prête à tout sacrifier pour aider sa meilleure amie, avait visiblement le cerveau bloqué sur la case "besoin de récupérer». Elle dormait toujours d'un sommeil agité et ne s'était levée, l'œil hagard, que pour satisfaire à besoin naturel. Juste une pause avant de repartir pour un tour sous la couette, sans un mot, pale comme un linge.
Enfin la sonnerie de son portable, un son de clairon militaire qu'Anua avait attribué à Raph, se fit entendre. Elle se rua vers l'appareil posé sur le velours vert du canapé et prit l'appel.
Dans une cacophonie de crachotements et grésillement en tous genres, elle réussit à comprendre qu'il était parti de l'aéroport de Los Angeles il y a deux heures, et qu'il serait chez elle sans moins de trente minutes. Une petite demi-heure, si la police de la route ne l'arrêtait pas pour conduite dangereuse, lui retirait sa précieuse plaque estampillée FBI et le jetait dans sombre cachot.
Au grand étonnement de Raph, aucun rire ne vint ponctuer sa blague, certes de mauvais goût à cet instant, mais qui était coutumière dans leur relation. Entre eux, la moquerie et l'autodérision était de mise. Dans le cas présent, elle était simplement destinée à détendre l'angoisse étouffante qu’il avait sentie dans la voix d’Anua. Elle lui répondit de se dépêcher d'une voix diaphane et éclata en sanglots avant de raccrocher. Raph surprit de l'entendre pleurer pour la première fois, appuya inconsciemment encore un peu plus fort sur l'accélérateur.
Il était arrivé quelque chose de grave à Anua. Les salops qui lui avaient fait du mal allaient le payer cher, il s'en fit le serment ! Slalomant dans le trafic comme dans l'éternelle poursuite automobile des films d'action, il commença à se concentrer sur ce qu'il savait d'Anua. De sa forte personnalité, de ses étranges dons qui l'avait tant aidé et des moyens qu'il pourrait mettre en œuvre pour lui venir en aide.
- Enfin, dès qu’elle m’en aura dit un peu plus sur ce qui était arrivé, pensa t’il à propos de celle qui pouvait faire battre son cœur.

dimanche 5 décembre 2010

Chapitre 20.. Une autre vue ...

Chapitre XX



De l’autre coté de l’histoire.



Dix jours plus tard, à New York, plus de quatre-vingts agents du FBI quadrillaient entièrement le périmètre de l'hôtel Plazza. Snipers, brigade d’intervention, agents en civils tous étaient là. Ils avaient tous en tête les dessins de l'homme à abattre tirés de la description ultra précise d'Anua. Raph se trouvait bien évidemment sur place et coordonnait les agents depuis une fourgonnette banalisée garée sur le trottoir à cent mètres de là, face à l'hôtel. Il y était inscrit sur ses flancs en grosses lettres "Plomberie Furk et fils". Ce nom et ces couleurs et qui faisait marrer plus d'un agent pour ne pas dire l'ensemble des forces de police présentent sur le terrain, était surmonté d'un logo. Un superbe dessin où s'enchevêtrait de multiples tuyaux de toutes les couleurs, plus criardes les unes que les autres. Raph répétait à volonté qu’autant être le plus visible possible si l’on voulait rester immobile dans un des plus beaux quartiers de New-York.

Inutile de préciser que l'ensemble de l'opération, du véhicule au nom des hommes présent ce jour là avait été choisi par Raph en personne. Il avait planifié avec l'aide d'Anua les moindres détails de l'arrestation. C'est d'ailleurs elle qui lui avait dit que le tueur se contrefichait d'être repéré ou pas. Seul comptait sa "mission".

D'où l'aspect voyant du véhicule. Pas vraiment discret le van, il est vrai mais redoutablement efficace à partir de l'instant qu'il n'était pas repéré par la proie recherchée. Raph voulait vérifier en premier lieu la justesse des dires d'Anua. Ce véhicule était, à l’inverse de son apparence criarde et vieillotte, un concentré de technologie. Il était en effet suréquipé des derniers gadgets Hi-Tech susceptibles d'aider à la capture de ce tueur si particulier.


L'équipement avait également choisi par Raph et Anua lors d'un dîner dans un restaurant japonais. L'un comme l'autre avait attendu cette date impatiemment pour passer enfin un peu de temps ensemble. Et même s’il n'y avait pas eu de place pour la romance lors de ce repas, les deux jeunes gens en étaient ressortis toujours plus proches, surs des sentiments qui commençaient à naître entre eux.


Le tueur fut repéré sur la façade Est de l'hôtel alors qu'il passait du huitième au neuvième étage avec une aisance reptilienne qui glaça le sang de l'agent qui le premier, le vit dans la lunette de son fusil.

- Comment avait-il bien pu arriver jusqu'à là sans qu'on le repère, non d'un chien, jura Raph en jaillissant de sa fourgonnette. Il se souvint alors des paroles mystérieuses d'Anua quand elle lui avait raconté ce qu'elle avait vu lorsqu'elle se trouvait dans la tête du monstre comme elle le surnommait durant leurs conversations :


  • Il peut apparaître n'importe où. Ce monstre n'est pas fait comme toi et moi. Il ne ressent rien de positif, son seul but est la destruction totale de certaines personnes. Il a été élevé pour cela, et pour tout te dire, il a ça dans ses gênes. Il reçoit des ordres et les appliques. Mais qui commande cette machine à tuer, je n'en sais rien. J'avais bien trop peur pour m'attarder dans cette âme sombre. J'avais trop peur qu'il m'entraîne dans son schéma de pensée, que je reste bloquée dans son esprit ou de devenir comme lui pour toujours.


Anua, saisit le bras de Raph et ajouta :

- Soit prudent avec ce gars, s’il te plaît ! Quand je te dis que c'est un monstre et qu'il est différent de nous, je ne rigole pas. Ce n'est pas un homme à par entière. Cette chose, cette aberration est donc totalement imprévisible pour nous.


Le tueur interrompit son ascension pour se retourner face au vide, comme s'il se savait observé. Après quelques secondes, il fixa la caméra qui le filmait depuis la camionnette et afficha l'espace d'un instant une esquisse de sourire. Puis toute expression disparue de son visage et le monstre se remit en mouvement.

Raph se dit plus tard, au visionnage de la vidéo qu'en effet, cet homme ne ressemblait que de loin au commun des mortels.

L'assassin, qui se savait traqué, bondit d'une corniche à l'autre et grimpa de trois étages, à une vitesse incroyable. Il tentait maintenant de trouver un recoin où se dissimuler.

L’agent Furck, qui voyait la scène, aidé de ses jumelles, demanda l'autorisation de faire intervenir ses agents pour tenter le bloquer entre deux niveaux et de le récupérer vivant.

Ses supérieurs ne furent pas de cet avis et préférait une solution beaucoup plus radicale.

Le tueur essayait maintenant de pénétrer dans l'hôtel par une des fenêtres du dix-huitième étage en se balançant, seulement accroché à un rebord de fenêtre par les dernières phalanges de sa main gauche. Il était visiblement pressé de se soustraire à la surveillance dont il faisait l'objet.

Raph entendit l'ordre dans son talkie-walkie. Une fraction de seconde plus tard, une balle tirée par l’un des snippers planqués sur tous les toits et autres postes de tir possibles, toucha l'homme en pleine tête.

Sa chute fut vertigineuse. Personne n'aurait pu encaisser un tel choc. Même pas ce psychopathe tant redouté. Finalement, ce n’était qu’un homme. Anua avait sûrement exagéré pour le protéger. Cette idée ne lui déplaisait pas du tout, bien au contraire.


Pourtant, à peine eut-il touché le sol, après une chute de plus de quarante mètres qu’il se mit à ramper tant bien que mal sur le macadam. Comment pouvait-il encore bouger ?


Raph avait vu de nombreux corps victimes de défenestration. La majorité d’entre eux, tombé de bien mois haut que ce tueur, présentaient de graves traumatismes crâniens, pour utiliser le jargon médico-légal. Ils avaient en fait la tête totalement exposée. Sans parler des membres brisée en mille morceaux et des colonnes vertébrales qui ait subit des dommages irréversibles.


Le crâne de cette chose maléfique, dont il manquait le côté droit, laissait s'échapper un liquide rosâtre qui formait une traînée derrière lui. Mais rien ne semblait ne pouvoir l’arrêter.

Il continua d'avancer jusqu'au bord du trottoir et trouva la force de regrouper ses membres brisés pour, dans un dernier sursaut, se précipiter sous un taxi, qui commençait à ralentir en direction du bord de la chaussée pour prendre en charge un client.

Quand les forces de police arrivèrent, il était trop tard. Le mystérieux "tueur du mémorial" comme l'avait surnommé la presse à scandale, avait rendu son dernier soupir.


Anua ne fut guère surprise de ce dénouement. Elle qui avait pénétré les pensées les plus secrètes du tueur, savait bien qu'il n'était animé que par la chasse, la traque et la réussite des missions qu'on lui avait attribuées. Il se fichait éperdument de lui-même. Il n'agissait pas en individu détraqué mais obéissait à une autorité supérieure, oeuvrant à l'accomplissement du dessein de celle-ci. Anua avait appris une chose en s'introduisant dans l'esprit du "chaman". Il s'agissait d'une communauté ancienne et cloisonnée de manière à ce que ses membres ne puissent révéler, en cas de capture, le moins de renseignements possible. Et si cette organisation était restée floue pour Anua, elle l'était certainement tout aussi floue pour le tueur.

La mort qu'il donnait si volontiers lui était totalement égale pour sa propre personne. La violence et la mort régissaient son univers. Sa vie n’avait aucune importance. Seule la réussite des missions qu'on lui octroyait, importaient. Là non plus, Anua n'avait pu comprendre la manière dont cette clique d'hallucinés schizophrènes fonctionnait où même de quel type de personnes elle était composée.

samedi 4 décembre 2010

chapitre 19 suite

Alors qu’ils sortaient de la chambre, Monsieur Dorlan semblait de plus en plus nerveux. Il ne cessait de se retourner vers la fenêtre du bout du couloir et marchait à une vitesse folle vers les ascenseurs. Comme si quelqu’un pouvait rentrer par une fenêtre située au neuvième étage d’un building en plein centre de Manhatan ! !
Le plus étrange se produisit quant ils sortirent de l’hôtel. Un attroupement s’était formé à une vingtaine de mètres de là. Dorlan, empoigna littéralement Claude par la manche avec une force ne lui laissant guère le choix pour se rapprocher. Il fendit la foule, Claude dans le rôle de la balle de ping-pong projeté contre les personnes que Nick Dorlan écartait sans ménagement.  Ils se retrouvèrent ainsi tous les deux au bord du trottoir. Un homme gisait dans une mare à deux mètres de là. Un chauffeur de taxi, l’air hagard, garé en travers de l’avenue, répondait à une horde de policiers.
Dorlan, le tenant toujours aussi fort, se retourna vers lui, blafard et déclara :
- Bien, c’est bien…  Je vais devoir partir dans peu de temps. Allons boire un verre au bar, ok ?
Une fois assis au comptoir avec une bière à la main, cet étrange personnage lui déclara :
- Claude, laisse moi parler. Ton travail m’intéresse depuis longtemps et je souhaite pouvoir t’en parler plus calmement. Je ne suis pas très bien aujourd’hui. Prend quelques jours ici, balade-toi, fais-toi plaisir et fait tout mettre sur la note de l’hôtel. Je te re-contacte dès que les choses iront mieux. Je dois régler quelques problèmes et je viens à Paris dès que possible. Là bas nous aurons le temps. Qu’en penses-tu ?
Claude ne pensait rien du tout ! Il était mal à l’aise. Mal à l’aise d’avoir vu un corps dans un sale état et mal à l’aise du comportement de son « hôte ». Il n’était pas venu pour faire du tourisme, non de dieu !
Sa nature pondérée repris le dessus et il répliqua :
- Comme vous voulez ! Si vous ne voulez pas me dire ce qui c’est passé aujourd’hui, libre à vous. Je repars demain à Paris. Réglez vos problèmes et si vous avez encore besoin de moi, nous nous reverrons à Paris si vous voulez. Ca vous va ?
- Merci, Claude. Je vois que tu n’as pas perdu ni de ton flegme ni de ta répartie ! Je suis un homme sérieux.
Il vida sa bière, se leva et, lui prenant la main, ajouta :
-  Je te promets que si je t’ai choisi, ce n’est pas au hasard. Et je te jure que ta vie va changer du tout au tout à notre prochaine rencontre. Bon, ne me juge pas sur cette journée. Je te promets de mieux me tenir la prochaine fois. Allez, salut gamin et à très bientôt.
Et il le planta là, au comptoir d’un bar, en plein New-York. Claude n’en revenait pas.

Le soir, après plusieurs heures de réflexion, affalé sur le somptueux canapé de sa « chambre », Claude décida de laisser une autre chance à Nick Dorlan. Il avait été visiblement secoué par une affaire. Affaire qui ne le regardait pas, en tout cas jusqu’à leur prochain rendez-vous. Si prochain rendez-vous il y avait. Et puis qu’avait-il à perdre ?
Après tout, il n’avait aucune autre offre de travail pour le moment. De plus, ce projet l’intriguait au plus au point. Et au moins, ce Dorlan sortait du cadre classique de son environnement universitaire carré, triste et ennuyeux à mourir.