samedi 20 novembre 2010

Chapitre 15 suite

Ce regard n’avait rien d’humain. Il se résumait à deux fines lames vertes aux reflets jaunes qui paraissaient aussi inamicales que cruelles.
Il ne lui fallut qu’un coup d’œil pour confirmer son intuition. La situation n'était pas celle à laquelle il s'attendait. Il disparut du champ de vision des deux femmes, et réfléchit brièvement sur la tactique à adopter. De toutes manières, il verrait bien !
D’un seul coup la porte vola en éclat. L’homme se rua dans le salon visiblement peu surpris de voir deux jeunes femmes pieds et poings liés sur un canapé, face à lui. Il ne portait aucune arme visible mais parut déconcerté quand le géant se jeta sur son dos de toute sa masse.
Comment était-ce possible qu’il n’ait rien perçu ?
L’homme aux yeux de lames de couteau essaya de se débarrasser de son agresseur en tournant sur lui-même. Mais le poids de celui qu’il avait sur le dos était tel qu’il finit par perdre l’équilibre. Les deux hommes s’écrasèrent au sol allant jusqu'à faire craquer le parquet sous l’épaisse moquette.

L’homme au regard toujours aussi cruel, plus leste, réussi à se défaire de l’étreinte de son adversaire et à se redresser. Les deux hommes se faisaient maintenant face à face.
C’était David contre Goliath tant la différence de gabarit entre les deux hommes sautait aux yeux. Sauf que ce David là n’avait rien du bon samaritain !
- Ca faisait longtemps qu’on m’avait pas surpris, gros lard ! Allez montre moi ce que tu sais faire, mammouth, qu’on s’amuse un peu !
Pour la première fois, le géant fit entendre sa voix de stentor en répondant :
- T’as la mémoire courte, petit ! Mais c’est pas grave, j’te pardonne, Erik ! C’est vrai que t’était vraiment qu’un têtard la dernière fois qu’on s’est vu ! Et t’as vu ce que t’es devenu sans moi ? Pfff, vraiment Carla n’a pas changé ! Elle a toujours été une mère déplorable, pas vrai ?

Le fait que l’on puisse connaître son nom et des personnes qu’il connaissait parut déstabiliser le kidnappeur, l’espace d’un instant. Il se reprit et foudroya son adversaire d’un regard qui fit frissonner les jeunes femmes. Il sortit un couteau à une telle vitesse que nul, dans la pièce, n’aurait pu affirmer où il se cachait avant d’apparaître dans sa main. Le géant à la voix de baryton avait profité du court moment de surprise de l’homme au couteau pour se rapprocher du guéridon, posant la main sur la pile de livres qui s’y trouvait.
Il se saisit du premier, un lourd annuaire, alors que le couteau venait de quitter la main de l’homme dénommé Erik pour filer droit vers lui. Il leva rapidement l’épais volume devant son visage juste au moment où la lame se ficha dedans. La lame tranchante traversa le botin et ne s’arrêta qu’a quelques centimètres du front du colosse.
Erick, visiblement fou de rage de son échec, se saisit d’un lourd cendrier qui était tombé par terre pendant leur bagarre et le lança avec une force surprenante dans la direction du géant.
Il exécuta dans le même temps un bond qui lui fit traverser la pièce, volant littéralement par-dessus les deux jeunes femmes, toujours assise sur leur canapé. Il atterrit à l’autre bout de la pièce, en équilibre sur la dernière étagère de la bibliothèque, les pieds calés contre les rayonnages.
Le baryton, qui paraissait avoir toujours un dixième de seconde d’avance sur son adversaire, amortit le cendrier avec l’annuaire où se trouvait toujours planté le couteau. Pas du tout étonné par le saut de son adversaire, il se retourna vers lui, le regarda un instant avant de reprendre la parole :
- T’as fini ton numéro p’tit chasseur ! Au lieu de sauter comme un bébé tigre se faisant les dents, tu ferais mieux de regarder ce qui se trouve dans ta nuque. Je te l’ai gentiment planté dans la moelle épinière quand je m’amusais sur ton dos quand t’es rentré si poliment dans l’appartement. Tu vas voir ! C’est génial pour éviter tous surplus d’adrénaline. Bon dodo, p’tit tigre !

vendredi 19 novembre 2010

Chapitre 15, 2 pages

 CHAPITRE XV

ANUA SANS DESSUS DESSOUS



Il était huit heures mois dix et Anua se sentait proche de la crise de nerf. Elle marchait en tous sens dans son salon comme un chat tournant autour de son bol pendant que son maître ouvre le sac de croquettes.
Son cerveau, d’habitude si subtile, était incapable du moindre raisonnement. Sa concentration était entièrement tendue vers la petite pendule rococo que sa grand-mère lui avait offerte quant elle était encore une petite fille. L’angoissante pendule trônait sur le guéridon, à gauche de la porte d’entrée, entre le téléphone et une pile de livres qu’elle se jurait presque chaque jour de ranger. Anua regardait l’aiguille des minutes incapable de la lâcher des yeux au fur et à mesure qu’elle se rapprochait de l’heure fatidique.
- Encore neuf, neuf saloperies de minutes ! Lâcha t’elle sur le point d’exploser.
Ce petit manège durait maintenant un bon quart d’heure et menaçait de la rendre folle pour toujours.
Elle ne sentait même plus ses mains dont les ongles rongés jusqu’au sang ressemblaient plus à des petites saucisses, qu’aux outils si fins qui avaient permis à l’homme de se distinguer si vite des autres mammifères.
La sonnette retentit. Anua eut un sursaut et trébucha en se retournant vers la porte. Elle s’affala de tout son long sur l’épaisse moquette beige qui recouvrait le sol de son appartement. Un cri de douleur resta coincé dans la grosse boule qui lui bloquait la gorge depuis qu’elle savait son père en danger. Elle se redressa vivement, la douleur de sa cheville effacée par son cerveau et regarda une nouvelle fois l’heure, totalement obsédée. Elle retrouva un peu de lucidité et se rappela que son amie Billie devait également passer avant vingt heures.
Anua fixa la porte ne sachant quoi faire. Cela ne pouvaient être les ravisseurs de son père, ils s’étaient montrés jusqu’à présent beaucoup méticuleux pour arriver avec presque dix minutes d’avance. A moins qu’il ne s’agisse encore d’une manière, pour eux, de bien lui faire comprendre qui menait le jeu. Sinon, s’était Billie et il lui fallait très vite trouver un plan pour la faire déguerpir. Pas question de garder à la maison quelqu’un qui fourrait son nez partout comme sa meilleure amie !
Après un moment qui lui parut une éternité, Anua se souvint de l’œil de bœuf dont était dotée sa porte. Elle s’approcha sans bruit et regarda qui attendait sur le palier. C’était bien sa copine qui attendait de l’autre côté de la porte. Cherchant une idée qui puisse la décourager de rester, Anua ne remarqua pas l’air affolé du visage de Billie. Elle ne remarqua pas non plus la dizaine de clins d’œil qu’elle lui adressa sachant parfaitement qu’on était en train de l’observer par l’œilleton.

Anua se décida enfin d’ouvrir la porte. Elle fut immédiatement projetée en arrière prise au dépourvue par l’entrée fracassante de Billie qui avait été littéralement catapultée sur elle. Ce n’est qu’une fois au sol qu’Anua aperçut l’agresseur.
Sa copine, la bouche en sang à la suite du choc, gisait par terre à côté d’elle, à demi inconsciente. Reprenant ses esprits, Anua détailla, la vision encore brouillée par le choc, l’intrus qui se tenait dans l’encadrement de la porte. Elle remarqua instantanément sa stature imposante. Il devait bien dépasser le double mètre et était aussi large que la penderie de sa chambre. Du moins, vu du sol !
Pendant qu’elle se redressait péniblement, elle tenta de discerner les traits de l’homme qui avait fait irruption chez elle en se servant de sa meilleure amie comme d’une auto tamponneuse.
Elle ne put remarquer grand chose, l’agresseur portant un large sweater vert dont la capuche maintenait dans l’ombre la quasi totalité de son visage. Elle ne pouvait que distinguer les formes de ses lèvres charnues et  de son menton aussi carré qu’un « Rubik’s cube » géant.
Billie repris ses esprits, touchant son visage tuméfié tout en regardant si sa copine allait bien.
Les deux jeunes femmes s’étaient maintenant remise sur leurs pieds et reprenaient leur souffle, pliées en deux. Anua tentait d’enrayer le saignement de nez de Billie, à grand renfort de mouchoirs en papier. Par chance, la boite de « Kleenex » était toujours à sa place, au pied du canapé où Anua se morfondait encore sur son sort, il y a quelques heures à peine.

L’homme entra, ferma la porte et sortit d’une de ses poches un rouleau d’adhésif toilé. Avec calme et sans violence aucune, il fit asseoir les deux femmes les menant par le bras jusqu’au sofa. Une fois assises, il leur intima le silence d’un chut sonore, le doigt devant la bouche. Un peu comme un ordre gentiment donné à des enfants.
Aucune des deux amies ne protesta. Il leur attacha habilement les poignets et les chevilles et posa avec une grande délicatesse un morceau d’adhésif sur leurs bouches. Elles trônaient maintenant comme deux potiches sur le canapé. Toujours sans dire un mot, il se retourna vers la porte d’entrée, la referma et se mit à regarder par l’œilleton.
- Bon sang, mais qu’est-ce qu’il voulait ? Il ne pouvait faire partie des ravisseurs, sinon pourquoi cette attitude ? Songea Anua en fixant le géant qui restait muet et immobile, l’œil toujours rivé à l’œilleton.
Le grincement caractéristique des portes de l’ascenseur arriva jusqu’à leurs oreilles.
L’homme quitta sa position et vint se plaquer contre le mur juste à côté de la porte faisant de nouveau face aux deux amies. Il mit un de ses énormes doigts devant sa bouche, les priant une nouvelle fois de ne faire aucun bruit. Devant leur air incrédule, il leur chuchota d’une voix douce et grave :
- N’ayez aucune crainte, Je suis de votre côté ! Excusez mon entrée un peu en force !

Un peu en force ! Les deux femmes ficelées sur le canapé se regardèrent, comprenant qu’il valait mieux ne pas contrarier le « géant vert » tant que cette histoire de fou ne serait pas terminée. Anua se demandait toujours quelle était la part de responsabilité de l’homme dans l’enlèvement de son père. Que voulait-il dire quand il affirmait être de leur côté ?
La situation devenait ubuesque mais elle sentait au fond d’elle-même que cet homme, entré si violemment chez elle, blessant son amie, n’avait rien d’un assassin ou d’un kidnappeur.
Mais s’il n’avait rien à voir avec son père, qui attendait-il avec tant d’impatience ? Elle n'avait palé à personne de l'enlèvement de son père ! Elle était complètement perdue !

Alors qu’il finissait sa phrase, le "colosse capuché" sortit de la poche arrière de son jean un objet qu’Anua, dans son état normal, aurait reconnu instantanément. Un de ces fameux sceaux cylindre, visiblement récent mais ouvragé à l’ancienne. Il ressemblait fort à ceux qui lui avait valu récemment tant de déconvenues. Il l’ouvrit en pressant l’arrière du cylindre avec son auriculaire et sortit en un deuxième, entièrement chromé celui-là, comme s’il s’agissait de poupées gigognes. Un cylindre dans chaque main, le géant reprit sa position dos au mur, à un mètre environ de la porte d’entrée.

Des pas se firent entendre dans le couloir qui menait à l’appartement d’Anua. Ils s’arrêtèrent devant sa porte. La poignée de la porte commença à tourner imperceptiblement. La porte s’entrouvrit sans aucun bruit. Les deux amies confinées sur le sofa aperçurent l’esquisse d’une tête. Elles frissonnèrent comme deux sœurs siamoises quand elles croisèrent le regard de l’homme qui tentait à son tour de rentrer par effraction dans l’appartement.

jeudi 18 novembre 2010

chapitre 14, fin

Le « nouveau » Monsieur Solder, débarrassé des dernières rides qu’il portait sur le visage il y a encore une heure, avait déjà complètement oublié l’existence de ses deux hommes de main. Alors qu’ils disparaissaient de la surface de la Terre, il commençait son discours devant des employés, ayant repris sa place sur l’estrade.
S’ils étaient toujours sous le choc de la perte probable de leur cher « Hum », ils étaient médusés par la ressemblance de stature et de trait entre l’homme qui leur parlait et leur vieux patron, des années auparavant, à son arrivé dans l’entreprise. Tous avaient vu les nombreuses photos de leur ancien patron qui ornaient les murs des locaux administratifs.
Même entre un père et son fils, une telle ressemblance relevait de la coïncidence génétique. C’est du moins ce que la plupart des plus anciens employés pensèrent. Pourtant, il était bien là, sous leurs yeux. Seul le ton de sa voix, jeune au débit fluide, rapide et aux intonations qui montrait toute la bonne éducation reçue, les différenciait à coups sûr. Déjà, tous les membres de Solder’s and Co étaient déjà sous le charme de leur nouveau patron, moderne mais tout aussi paternaliste que le vieux Monsieur Solder.
Oui, il les connaissait déjà tous ou presque, comme « Hum » leur avait dit !
A présent, plus personne ne redoutait ce changement de direction. C’était l’effet escompté par le « jeune » patron.
Au final, peu de personnes présentes lors de la chute de « Monsieur Hum » demandèrent de ses nouvelles.
Le changement de direction s’était passé comme une lettre à la poste au grand plaisir de Gustave Solder.

Il était reparti pour trente bonnes années de tranquillité. Il avait largement gagné le temps nécessaire à la réalisation du projet sur lequel il travaillait depuis si longtemps.
La phase « Attaque » devait d’ailleurs débuter  dans les prochaines semaines. Juste le temps qu’il fallait pour s’assurer de la fidélité du « gosse » qui avait, selon ses sources, bien débuté sa« Mission ».
Quelle serait la position du môme ? Une grosse partie du plan de reconquête reposait sur sa détermination. Eliminer la cible et détruire ce dernier noyau ne serait pas chose facile. Il avait mis toutes les chances de son côté. Carla l’avait formé et si jamais il y avait un problème, le rendez-vous fixé, au cas où, serait définitif qu’il soit un allié ou non.

mercredi 17 novembre 2010

chapitre 14, 2 pages, suite

Ils attendirent dix minutes comme prévu, discutant de ce qu’ils allaient faire de leur argent si facilement gagné quand l’un d’eux se retourna et dit
- T’as entendu ?
- Entendu quoi ? Répondit l’autre
 -Là, des craquements devant l’ambulance ! Allez démarre, on se tire d’ici et en vitesse ! J’suis pas à l’aise à la cambrousse, moi !
- T’es complètement parano mon pauvre ! C’est qu’un petit renard ou une autre bestiole, pas le monstre du Loch Ness fillette ! Mais t’as pas tort. Filons d’ici et allons nous jeter un godet ou deux en ville en attendant de toucher le pactole. Mais fais gaffe à ce que tu dis. T’as toujours eu tendance à trop parler, pas vrai ?
- C’est vrai que j’ai jamais vu un job aussi facile, Ajouta le deuxième infirmier en ouvrant la porte de l’ambulance.
Les deux hommes à bord, le chauffeur fit tourner la clé de contact. Le moteur toussota puis s’étouffa avant de s’arrêter. A chaque nouvelle tentative, le moteur gémissait de moins en moins fort. Le chauffeur furibard, regarda son compère et beugla :
- Qu’est-ce que c’est que cette merde, non de dieu ? Ca marchait y’a cinq minutes à peine et j’ai révisé entièrement le moteur ce matin, bordel de chiotte !
Les deux hommes réessayèrent encore deux fois de faire partir le moteur avant de se rendre à l’évidence. Il y avait un problème sous le capot. Le chauffeur demanda :
- Va jeter un oeil  au « delco », tu veux bien ? J’ai pas envi de rester moisir ici longtemps. On a un rendez-vous important ce soir j'te ’rappelle !
- J’y vais. Mais à mon avis t’as autant révisé ce moulin que tes examens de fin d’école, du gland ! Et j’te rappelle que j’aime vraiment pas la campagne alors on fait vite. Ok !
L’homme ouvrit le capot de l’ambulance et s’écria : Bon dieu, d’bon dieu, qu’est ce que c’est que ce merdier ! Viens voir, tu veux ?
- L’autre homme le rejoignit et s’étrangla presque à la vue du moteur.
- Je te jure que ce matin, y’avait rien du tout là-dedans ! C’est quoi cette mousse, non de dieu, un extincteur secret ?
Alors que les deux hommes continuaient de s’engueuler copieusement, leurs pieds s’enfonçaient dans un tapis d’humus bleu, humide et profond qui se développait à grande vitesse autour d’eux. Elle s’attaquait maintenant à grimper le long de leurs jambes. De faibles lueurs argentées parcouraient maintenant cette masse de filaments touffus. C’était comme si un courant électrique alimentait ces fibres végétales, allant et venant à partir de l’arbre majestueux sous lequel se trouvaient les deux hommes.
Les deux hommes étaient loin de s’imaginer qu’il était déjà trop tard pour eux ! Et pendant qu’ils se rejetaient la faute l’un l’autre, ils ne pouvaient concevoir les horribles souffrances qui les attendaient. Même dans leurs ultimes instants ils ne pourraient comprendre qu’ils avaient juste été des jouets de l’histoire séculaire dont ils n’étaient que des pions.
Quand l’emprise de l’étrange mousse luminescente se fit plus importante, les deux hommes réagirent. Enfoncés maintenant jusqu’au genoux dans cette masse qui ne cessait de vouloir les engloutir, ils essayèrent en vain de tout arracher avec leurs mains, leurs pieds et tout ce qui leur était encore accessible. Mais les fibres végétales présentent dans le moteur s’étaient invitées au festin, elle aussi parcourue d’inquiétantes lueurs. Des millions de filaments commençaient à venir s’enrober autour de leurs bras et de leurs torses à une allure prodigieuse, comme autant de serpents.
Les deux hommes tentèrent bien de bouger et d’arracher cette maudite mousse, mais cela ne servait plus à rien. Elles luisaient de mille feux alors que les deux hommes se retrouvaient paralysés. La terreur les envahis quand l’humus pénétra dans leur bouche, les empêchant de respirer en formant e une balle hermétique au fond de leurs gorges.
Moins de deux minutes plus tard, on entendait plus que des cris étouffés, à peine perceptibles. Ces dernières exhortations disparurent très vite. Il ne restait plus qu’un énorme tapis de mousse qui continuait de grossir à une vitesse phénoménale. Une très forte lumière blanche rayonna quelques instant sur l’ensemble de cet épais tapis avant de rejoindre l’arbre recouvrant la scène de ses branches. Et puis, plus rien, tout s’éteignit. Aussi soudainement que le phénomène était apparu. Puis, dans un silence de cathédrale, rien ne bougeant plus dans le bois environnant, l’humus commença à se contracter. Les quelques animaux encore présent aux alentours purent entendre de lugubres craquements qui venaient aussi bien des restes des deux hommes que de l’ambulance qu’on ne discernait même plus tant elle avait été déformée. Le mouvement de contraction des ces fibres végétales s’accéléra tant, qu’il devint impossible à discerner. En moins d’une minute, il ne restait plus rien. Les deux hommes comme l’ambulance avaient été engloutis
Il ne restait plus à voir qu’une épaisse couche de mousse verdâtre au pied d’un arbre majestueux.
Un arbre qu’aucun naturaliste au monde n’aurait pu nommer sans se tromper.

mardi 16 novembre 2010

fin chapitre 13 début 14

L’ambulance arriva moins de quinze minutes pendant lesquelles le garde du corps de Monsieur Solder tenta de sauver son patron. Les employés formaient à présent un cercle autours du corps au teint grisâtre gisant à terre. Personne n’osant s’approcher de la dépouille de l’homme qu’ils avait tant aimé.
 CHAPITRE XV

RESURRECTION



L’ambulance n’avait parcouru qu’une petite dizaine de kilomètre quand elle s’immobilisa. L’endroit était désert. Des champs à perte de vue. Le chauffeur se retourna et demanda :
- Quelle direction maintenant, patron ?
Une voie légèrement étouffée lui répondit de l’arrière du véhicule.
- Roule doucement et tu vas trouver un sentier à une centaine de mètre sur ta gauche. Prends le et arrêtes-toi dès que t’arrives dans les bois. Ok !
- Ca marche patron ! Répondit le conducteur de l’ambulance qui remit le moteur en marche avant de prendre la direction du chemin de terre dans le quel il s’engagea à faible allure.
- Ca va abruti ! Je suis pas vraiment malade, des fois que t’aurais oublié ! Accélère un peu, non d’un chien. J’ai pas toute la journée.
Le chauffeur obtempéra et accéléra. Il s’immobilisa de nouveau une fois arrivé dans le sous bois non loin d’une magnifique Mercedes noire garée là au milieu de nul part.
Un infirmier descendit rapidement de la camionnette et ouvrit en grand les portes à l’arrière de l’ambulance.
Un individu en sorti. Il ressemblait trait pour trait à Monsieur Solder mais en vingt-cinq ans plus jeune.
- hou la, ça fait du bien de pouvoir respirer un peu d’air frais sans cette gangue de peau flétri ! Bon sang c’que c’est bon. J’aurai pas pu tenir une semaine de plus.

C’était bien le bon Monsieur « Hum » qui parlait. Sa voie aussi avait rajeuni. Il se dépêcha d’enfiler un nouveau costume, tout aussi chic mais dont la taille était beaucoup plus récente que l’autre, celui du vieux Monsieur Solder.
Après avoir enfilé ses chaussures, il fit deux trois mouvements de gymnastique puis se dirigea vers la berline noire. Il ouvrit la porte et se retourna vers les deux hommes habillés en infirmier.
- Bon boulot les gars ! Me voilà reparti vers une seconde jeunesse. C’est pas le rêve de tout le monde, non ?
Les deux infirmiers acquiescèrent avec un demi-sourire où la crainte pouvait se lire. L’un d’entre eux demanda :
- On peut y aller maintenant, chef ?
- Bien sur les enfants ! Rendez-vous ce soir à l’entrée Nord de mon laboratoire. Enfin si vous voulez toucher votre argent, annonça le nouveau patron de « Solder’s and Co ».

Il les gratifia d’un sourire qui dévoilait des dents blanches parfaitement alignées à l’opposé des dents jaunies de l’homme qui parlait, il y a encore une demi-heure, perché sur une estrade.
Il continua de leur parler sans les quitter des yeux, commençant à se diriger vers sa voiture :
 Moi, faut que je retourne faire connaissance avec ces péquenots qui doivent encore pleurer leur bon et vieux patron et les rassurer que la relève est bien prise par son jeune et dynamique fils. Alors à ce soir les garçons ! Et encore merci pour la balade !
Il s’engouffra dans la voiture et démarra en trombe, saluant au passage les deux hommes qui souriaient d’avance aux gains qu’allait leur rapporter cette petite blague. Il n’y avait plus la moindre trace d’inquiétude sur leur visage.

lundi 15 novembre 2010

chapitre 14, 2 pages

CHAPITRE XIV


Humphrey Solder parlait maintenant depuis plus de vingt minutes. Pour la plupart de ses employés qui l’écoutaient, c’était un déchirement. Il est vrai que la majorité d’entre eux travaillait pour Solder’s and Co depuis plus de vingt ans. Une bonne trentaine d’entre eux pouvaient même se targuer d’être au service de la société agroalimentaire depuis sa création en 1957. Ces employés de toujours ne voyaient pas le vieux monsieur au costume maintenant bien trop large. Ils gardaient en tête l’homme à la carrure de footballeur qui faisait se retourner la plupart des femmes. De cette force de la nature, capable de faire le travail de chacun d’eux, il ne restait plus que les énormes battoirs qu’il agitait encore et toujours avec fougue, comme à chaque fois qu’il faisait un discours.

L’entreprise, spécialisée dans la transformation de produits dérivés à base de maïs, avait vu son activité se développer régulièrement, insensible aux différentes crises économiques boursières, économiques et plus récemment au choc de la mondialisation. La société paraissait insensible aux gesticulations du monde extérieur.
L’immense majorité des employés de Solder’s and Co y voyait là l’émanation du génie de Monsieur « Hum » comme ils aimaient surnommer Monsieur Solder. C’est pourquoi ils étaient si inquiets de le voir chanceler et s’accrocher à son micro comme à un grappin avant un inévitable dévissage, debout sur sa petite estrade. Il paraissait malade, salement atteint, d’un cancer ou quelque chose d’aussi définitif si l’on en croyait les rumeurs courant des chaînes de fabrication aux bureaux des cadres.

- Il est temps pour moi de me retirer. Ces cinquante années à travailler avec vous auront été le plus grand bonheur de ma vie. Les plus anciens d’entre vous se souviennent des vieux hangars dans lesquels nous avons démarré. Regardez autour de vous ! Ces magnifiques bâtiments sont le fruit de notre travail. De notre travail à nous tous et vous pouvez en être fière. Il y a maintenant plus de trois mille personne sur ce site et je compte sur chacun de vous pour faire en sorte que ce nombre ne cesse d’augmenter.

Monsieur Solder s’arrêta de parler et se retourna vers son garde du corps. Les employés entendirent une quinte de toux grave et profonde qui souleva un murmure d’inquiétude. Après un moment qui leur parut une éternité, Il repris la parole sur un ton qui fleurait bon la pierre tombale.
- Ne vous en faites pas. La personne que j’ai choisit pour me remplacer n’est autre que Gustave Solder, mon propre fils. Si personne ne l’a encore vu ici, sachez que cela fait plus de dix ans qu’il dirige le conseil d’administration du groupe à Boston. Je souhaitais vous le présenter maintenant mais les nouvelles lois sur la sécurité aériennes lui ont fait rater son vol. Il arrivera donc en fin de journée. Mais il nous arrivera en toute sécurité par la grâce de notre vaillante police.
Monsieur Solder sourit à cette plaisanterie et arriva à détendre un peu l’atmosphère.

- Cela fait des mois que je lui parle de l’histoire de cette entreprise, de ce lieu et de vous tous. Du vice directeur, hein Georges ! Il prit par l’épaule l’homme qui se trouvait à sa gauche. Jusqu’à toi, Charlie, qu’il désigna d’une main tremblotante, dernier arrivé comme cariste, il vous connaît aussi bien que moi. Vous vous apercevrez à peine de mon absence tant mon fils est fier de pouvoir prendre les reines de la maison mère et fondatrice de notre société.

Il reprit son souffle avant de poursuivre :
- Je sais que « Hum » vous manquera. Vous me manquerez aussi. Mais très vite, je vous en fait le serment, vous ne pourrez plus vous passer de « Gus ».
Un petit rire poli parcouru l’auditoire, mais tous étaient inquiets de l’apparition soudaine de ce Gustave Solder dont ils n’avaient jamais entendu parler jusqu’à ces derniers jours. Jusqu’à ce que la rumeur ne se charge de répandre la nouvelle.
Quand les murmures cessèrent, Monsieur Solder repris, bien décidé à rassurer ses fidèles employés :
- Je resterai à ses côtés mais dans mon canapé où vous pourrez toujours me joindre par les soins de ma bonne Lucie, la secrétaire idéale, la seule femme à qui je suis resté fidèle depuis toujours et que j’emmène avec moi à la maison. Les présentations avec mon fils auront donc lieu en toute fin d’après midi. Nous aurons à cette occasion de… CRRR…PFFFT…CRRR. La sono se mit à émettre de nombreux et inquiétant grésillements. Toutes les personnes présente sur le parking, seul endroit assez vaste pour réunir tous les employés, levèrent la tête en direction de l’estrade. L’inquiétude se lisait sur l’ensemble des visages.
Monsieur Solder se redressa violemment, agrippa le micro devant lui, émit une suite de son caverneux et inintelligibles, pour finir par tournoyer sur lui même comme dans une danse de fin de soirée trop arrosée. Le micro toujours en main il s’affala de tout son poids sur le bitume du parking. Le son de la chute repris par le système de sonorisation, toujours en marche, fit hurler la moitié des personnes présentes. Les craquements que les employés entendirent leur firent dire plus tard aux journalistes qu’il avait du se rompre au moins la moitié des os du corps.

dimanche 14 novembre 2010

chapitre 13 fin.

Le chasseur se mit à courir jusqu’à l’extrémité opposée du toit de l’immeuble. D’un bond prodigieux digne d’un Carl Lewis de la grande époque, il sauta par-dessus la rue perpendiculaire à celle du carnage. Il atterrit six mètres plus bas, en roulé boulé, au troisième étage de l’immeuble d’en face. Il Fracassa la fenêtre d’un appartement encore vide à cette heure de la journée, sans le moindre dommage pour sa propre personne.
Cela faisait neuf semaines qu’il avait noté avec soin les moindres déplacements des différents occupant de cet immeuble et visité les moindres recoins de cet appartement. Sans reprendre son souffle, il traversa l’appartement et sortit sur le palier. L’arme était dissimulée sous son long manteau qu’il avait pris soin « d’emprunter » dans le dressing room avec une paire de mocassin flambants neufs.

Anonyme parmi les habitants de cette résidence de standing il ralentit l’allure, prenant l’air dégagé de l’homme d’affaire se rendant à contre cœur à un dernier rendez-vous. La luxueuse sacoche précieusement serrée sous son bras et ses gants de cuir, trouvés aussi dans l’appartement, accentuaient encore l’aspect raffiné du personnage.
Ses yeux ne reflétaient plus autre chose que la contrariété de ne pouvoir terminer la journée avec sa famille. Il salua aimablement une femme élégante qui sortait de l’ascenseur. Il la salua sans relever la tête et s’engouffra dedans. Il descendit se permettant un large sourire jusqu’au rez-de-chaussée. Arrivé dans la rue, il entendit parfaitement les sirènes hurlantes des ambulances qui venaient constater le massacre perpétré à peine sept minutes auparavant.

Quand il se fut éloigné de trois blocs, un crissement de pneu aussi long qu’une nuit canadienne le fit largement sourire. Son initiation venait en fin de prendre fin. Une voix féminine, qui sentait l’expérience et la vodka à plein nez,  passa par-dessus le vacarme du trafic automobile.
- Allez monte, t’as réussi tes débuts mon p’tit chérubin d’amour. Viens faire un câlin à maman mon bébé !
En un éclair le sourire carnassier réapparu sur le visage de l’auteur du massacre. Il se retourna et sauta d’un bond de plus de deux mètres pour atterrir sur le siège du passager de la décapotable de luxe que conduisait celle qu’il considérait comme sa mère.
- Alors, t’as trouvé ça comment Carla ?
- P A R F A I T, répondit-elle avec une pointe d’orgueil dans la voix. Et elle s’autorisa un geste rarissime pour une femme de cette trempe. Elle lui caressa lentement la joue du revers de la main alors qu’elle redémarrait se fondant dans le trafic faisant fi des coups de klaxon qui provenaient de la petite centaine de véhicules outragés par ce manque de civisme inqualifiable.

Carla laissa passer cinq bons kilomètres avant de reprendre
-Ce soir, on va essayer de fêter ta journée avec le grand boss. Quand on va lui donner le précieux sceaux ! C’est que j’aimerai bien qu’on profite de ton succès pour qu’il nous confie la mission que j'ai en tête depuis un bout de temps. J’en un peu ras le bol de faire la nounou, mon roudoudou. Même pour toi, mio filio, finit elle en prenant le ton rauque de Brando dans le « Parrain ». t’es ok p’tit tigre ?